Il existe une forme de voyage où la table est aussi spectaculaire que le paysage qui défile derrière la fenêtre. Sur Voyage en Train de Luxe, Arnaud Dubois — expert depuis 18 ans — documente ces convois d’exception où la gastronomie n’est plus un simple service : elle est une expérience à part entière, pensée, orchestrée, et parfois signée par des chefs de renommée mondiale.
Yoshihiro Murata et Hajime Yoneda à bord du Twilight Express Mizukaze
Au Japon, le Twilight Express Mizukaze a placé la barre très haut en confiant sa cuisine à deux chefs récompensés par le Guide Michelin : Yoshihiro Murata, chef du Kikunoi à Kyoto, et Hajime Yoneda, à la tête du restaurant Hajime à Osaka. À bord, le dîner kaiseki — succession de petits plats qui racontent une saison, un terroir, une tradition — atteint une précision rarement égalée en dehors d’une salle étoilée. Cuisiner le Japon profond dans un espace en mouvement, avec cette constance, force l’admiration.
Le Blue Jasmine Train, la Thaïlande dans l’assiette
Plus récent mais déjà remarqué, le Train de Luxe Thaïlande — le Blue Jasmine — illustre une autre approche de la gastronomie ferroviaire. Inspiré de l’héritage de Jim Thompson, le roi de la soie thaïlandaise, ce train traverse le pays en 9 jours et propose une cuisine authentiquement thaïlandaise — élaborée à partir des produits des régions traversées, de Bangkok aux marchés de Chiang Mai. Les repas sont servis dans un cadre décoré de soieries et d’arts artisanaux locaux, transformant chaque dîner en immersion culturelle.
La gastronomie comme identité du voyage
Ce que ces trains partagent, c’est ce rapport intime entre la table et le territoire. Le Seven Stars in Kyushu source chaque plat à l’étape suivante du parcours. L’Orient-Express mythique servait foie gras et homard sous des lambris Art déco. Dans tous les cas, manger à bord, c’est déjà voyager — avant même d’arriver à destination.
Des accords mets et vins à la hauteur du décor
La gastronomie ferroviaire de luxe ne s’arrête pas à l’assiette. Les caves embarquées à bord du Venice Simplon-Orient-Express proposent des sélections de grands crus soigneusement choisies pour accompagner chaque service. Bourgognes, Champagnes, vins naturels japonais — chaque train développe sa propre identité oenologique, cohérente avec la philosophie culinaire à bord. Certains convois font même appel à des sommeliers dédiés, qui guident les passagers tout au long du repas.
Une mise en scène totale
Au-delà du contenu de l’assiette, c’est l’ensemble de la mise en scène qui fait la différence. La vaisselle en porcelaine d’Arita du Seven Stars in Kyushu, les nappes damassées et les couverts en argent de l’Orient-Express, la céramique artisanale du Blue Jasmine inspirée des arts décoratifs de Chiang Mai — chaque détail a été pensé pour que le repas devienne un rituel. Manger dans ces trains, c’est vivre une expérience sensorielle complète, où le goût, la vue, le son du train sur les rails et les paysages qui s’enchaînent forment un tout indissociable. La grande cuisine y trouve un écrin inattendu — et peut-être l’un des plus beaux qui soit.

